Parler d’une langue commune pour éclairer la complexité du monde

Publiée une fois par mois, la tribune “Urbanisme en Francophonie ” se propose de recueillir les témoignages et les réflexions d’une personnalité autour d’un sujet de son choix. Cet espace ouvert permet aux auteurs de partager librement leur vision du monde et de contribuer à ce récit original. Tandis que le monde doit organiser sa transition vers un développement plus respectueux des personnes, des ressources de la planète et de sa biodiversité, comment penser et construire les villes ?

Ressources documentaires

L’ambition du site internet « Urbanisme en Francophonie » est toute entière dans le besoin que nous avons, sans doute aujourd’hui davantage encore qu’hier, de temps et de lieux de dialogue, d’échange, d’explication. Alors que notre époque nous rappelle au tragique de l’histoire, que des peuples sont sur les routes pour échapper à la guerre, à la crise climatique, aux inondations ou aux sécheresses, les moyens techniques nous rendent témoins de tous les drames.

Les actus urbaines

Pour ne pas nous résigner à une posture de spectateurs accablés et désabusés, il nous faut continuer à entreprendre et agir. Il y a bien sûr les actions d’urgence. Et l’AIMF s’y trouve régulièrement engagée. Mais il y a aussi un engagement à plus long terme, qui doit comprendre les difficultés et ouvrir à la discussion les futurs possibles. Le Centre de Ressources d’Urbanisme en Francophonie doit justement participer à mieux faire connaître toutes les initiatives.

  • C’est le sens du plaidoyer que l’ONG « Construire pour demain », installée au Togo, entend donner à son plaidoyer pour le développement des villes durables en Afrique : un collectif se constitue autour de villes et d’experts pour rappeler à tous la nécessité que les villes africaines s’engagent vers un modèle durable et déploient dès à présent des solutions techniques.
  • Un autre plaidoyer, porté par Olivier Barancy, lui fait un opportun écho quand il entend porter critique à l’urbanisme hors-sol et promeut à l’inverse une architecture et des aménagements raisonnés : sélectionner des solutions adaptées aux ressources, aux contextes et aux milieux, s’inspirer des méthodes développées lorsque l’énergie était rare et coûteuse, s’adapter aux spécificités du territoire doivent redevenir des règles essentielles pour tous ceux qui ont la responsabilité de construire les villes.

Les débats se nourrissent également des livres, essais, récits et des articles qui donnent l’occasion de poser des diagnostics mais aussi d’arrêter un peu le temps pour comprendre les difficultés.

  • Ainsi, l’ouvrage « La Ville stationnaire : comment mettre fin à l’étalement urbain », écrit par Philippe Bihouix, Clémence De Selva et Sophie Jeantet (Arles : Actes Sud, octobre 2022) revient-il sur l’ensemble des causes qui ont nourri l’étalement urbain et tente-t-il de proposer des pistes pour en sortir. Ambitieux et pédagogue, il offre un éclairage non seulement à un public averti mais sans doute aussi porte-t-il une approche plus universelle.
  • Au Québec, Juste Rajaonson, Professeur en études urbaines à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), ravive une controverse en rapportant des exemples innovants de densification dans le cas des grandes villes de son pays, comme Québec et Montréal, mais aussi pour des villes de taille moyenne. Selon lui, « La densification des villes est bonne pour l’environnement… et l’économie« . Densifier ou étaler continuent ainsi à dominer les modèles de développement des villes. Une autre voie, et même d’autres voies ne seraient-elles pas possibles ?
  • Un autre exemple des débats utiles est donné par le dernier numéro de la Revue Urbanisme, autour de Catherine Sabbah, Déléguée générale de l’Institut des hautes Études pour l’action dans le logement (Idheal), et Thibault Tellier, Professeur d’histoire contemporaine à Sciences-Po Rennes, qui ont mis en débat l’histoire des politiques du logement en France, au gré des lois qui ont marqué les villes depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.
  • Comprendre la transformation des villes, c’est aussi l’œuvre que l’anthropologue argentin Ramiro Segura a réalisé, à partir de ses recherches sur Buenos Aires et La Plata, puis à partir de ses observations d’autres grandes villes. Son propos nous invite à un double décentrement : mieux comprendre l’urbain depuis la périphérie et s’affranchir de théories urbaines largement produites à partir de quelques grandes villes du Nord. Il y a en effet bien des manières différentes de raconter la ville et nous pouvons saisir d’autant plus ses variations quand elles s’exprime dans la langue de la francophonie.

Le centre de ressources

Permettre le dialogue sur l’urbanisme pour les mondes francophones, tel est l’objectif du centre de ressources créé par l’AIMF en collaboration avec le réseau APERAU et l’Institut de Géoarchitecture. Il rassemble les productions Urbanisme en Francophonie destinés à toute personne (élu·e·s, acteurs de la fabrique urbaine, universitaires, associations, étudiant·e·s, citoyen·ne·s) désireuse de s’informer sur une diversité de sujets (aménagement, nature en ville, décarbonation, espace public, patrimoine, innovation…) et regroupe différentes initiatives qui permettent d’identifier dans quels domaines, les villes ont un message spécifique et original à apporter ! Vous pouvez contribuer sous différentes formes et réagir aux contenus que nous produisons dans le cadre du Programme Urbanisme en Francophonie : Grands Entretiens, Tables Rondes, Tribunes, Cartes Postales, Concours et Extraits de Cinéma.

Réalisés avec différentes personnalités francophones (écrivains, intellectuels, acteurs de la fabrique de la ville, artistes…), les entretiens Urbanisme en Francophonie interrogent le lien entre urbanisme et francophonie pour faire ressortir les spécificités des villes francophones et leur apport pour construire la cité de demain. A la fin de chacun d’eux, nous découvrirons une nouvelle carte postale de l’espace francophone proposée par l’interviewé. 7 entretiens ont déjà été publiés sur la plateforme dont dernièrement ceux de :

  • Héloise Conesa : regarde la francophonie sous l’œil de la photographie, son domaine d’expertise. La photographie et l’urbanisme sont liés car les images permettent de conserver la mémoire des lieux et la diversité architecturale notamment grâce aux archives photographiques mais aussi d’apporter une vision prospective en jouant avec l’imaginaire urbain.
  • Jérôme Chenal : fait partie de ceux qui pensent que le langage structure la pensée. Il est aussi de ceux qui prônent une contextualisation architecturale et urbanistique, mise à mal par des injonctions internationales qui obligent les bailleurs à appliquer une même méthode dans des villes africaines sensiblement différentes.
  • Philippe Madec : la maîtrise de la langue est essentielle pour partager les concepts et les solutions. Afin de porter la francophonie, les élus peuvent engager des politiques culturelles et des rassemblements autour de la langue franco-française. Le maître d’œuvre, doit quant à lui être en posture d’étranger bienveillant, pour le respect de la pensée urbaine francophone.

Enfin, à ne pas oublier dans l’agenda, le 2e webinaire consacré à la ville décarbonée se tiendra mardi 22 novembre, de 12 h 30 à 13 h 45 (heure de Paris) autour des « conditions techniques, économiques et sociales d’une transformation du domaine bâti dans les villes décarbonées ». La recherche de solutions, tant techniques que sociales sera au cœur des débats. Le webinaire sera animé par Sylvain Allemand et la synthèse des travaux est préparée par Ingrid Nappi, Professeure à l’École des Ponts Paris-Tech.

Lionel Pigent, Urbaniste et Économiste, Professeur à l’Université de Bretagne Occidentale, Directeur du Laboratoire de Géoarchitecture

0 0 votes
Évaluation de l'article
S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires