Trompe l’œil urbain

« Je suis inspiré naturellement par la ville, l’urbain, l’élément dans lequel je me sens le mieux. A l’aide des images, je voudrais faire voyager les observateurs au-delà de la francophonie, questionner notre conception et nos clichés des espaces mentaux et de nos préconceptions du monde ». Découvrez la carte postale de Gilles Magnin, étudiant en urbanisme durable et aménagement des territoires à l’Université de Lausanne.

Urbanisme et francophonie, existe-t-il une forme d’urbanisme qui reflète la francophonie ? Mon objectif à travers mes photos n’est pas d’y répondre, mais au contraire de la questionner. L’urbanisme peut-il refléter une langue ? A l’aide des images, je voudrais faire voyager les observateurs au-delà de la francophonie, questionner notre conception et nos clichés des espaces mentaux et de nos préconceptions du monde. Personnellement, je ne sais pas ce que cela veut dire un urbanisme francophone. Mes photos vont refléter mon incompréhension, mon questionnement, ma recherche de la ville francophone, qui selon moi, n’existe pas ou plus. Une ville, francophone ou pas, est un monde en soi, avec sa diversité et ses contradictions. Chaque ville est unique et magnifique. Mes photos agissent en trompe l’œil afin de questionner la ville et les représentations que nous nous faisons d’elle. Elles mettent aussi en valeur les grands thèmes et défis des villes du 21ème siècle, qu’elles soient francophones ou non.

Stockholm

  • Stockholm (Bordeaux) : OĂą sommes-nous ? Aux abords de la baie de Stockholm lors d’une grande canicule ? Non, nous sommes bien Ă  Bordeaux, en France, face au miroir d’eau bordant la Garonne. Cette installation sera de plus en plus prĂ©sente dans nos villes, francophones ou non. En effet, elle permet de lutter contre les Ă®lots de chaleur urbains et de rafraichir ainsi nos villes lors des canicules qui se font de plus en plus suffocantes les mois d’étĂ©. Mais elle crĂ©e aussi des mirages, des illusions. La ville s’efface, puis se reflète, le son est modifiĂ©, les sens sont brouillĂ©s. OĂą sommes-nous ? Nos perceptions changent, reflets du monde de plus en plus complexe qui nous entoure et qui nous perd. Un monde qui brĂ»le, un monde qui meurt, un monde qui s’évapore comme la vapeur du miroir.

  • Moscou (Paris) : OĂą sommes-nous ? Dans la pĂ©riphĂ©rie de Moscou ? Non, nous nous trouvons dans le 13ème arrondissement de Paris, dans le quartier des Olympiades, en plein centre de la mĂ©tropole du Grand Paris. Ici la planification des annĂ©es 60-70 nous fait perdre toute perspective. Les lignes se coupent, se croisent, se frĂ´lent ; on ne sait pas oĂą on regarde, tout comme peut-ĂŞtre les personnes prĂ©sentes sur la photo. La ville doit loger, une de ses principales fonctions ; cette densitĂ© extrĂŞme exprime un hĂ©ritage culturel magnifique d’une planification moderniste. Des idĂ©es et des modèles qui aujourd’hui se fondent dans la perspective chaotique de ses propres lignes.

  • Zurich (Genève) : OĂą sommes-nous ? Dans une piscine lacustre branchĂ©e du centre de Zurich ? Non, nous nous trouvons bien aux Bains des Pâquis, une institution genevoise depuis le 19ème siècle. Ici nous observons les pratiques de la ville, et une en particulier, centrale dans les villes suisses; la baignade. La baignade urbaine n’est pas rĂ©servĂ©e aux villes germanophones de Suisse oĂą elle est très rĂ©pandue et quasi sacralisĂ©e. Dans les villes francophones cette pratique est centrale aussi, nos vies sont centrĂ©es autour du lac et de son eau qui rassemble les habitants toute l’annĂ©e. Un vĂ©ritable lien de cohĂ©sion sociale qui n’a pas de langage ni de frontière et qui perdurera aussi longtemps que nos montagnes.

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