Michèle Gendreau-Massaloux, Recteur de l’Agence Universitaire de la Francophonie de 1999 à 2007

La francophonie est avant tout une affaire de langue selon Michèle Gendreau-Massaloux, même si ce mot n’a pas le même sens en fonction des lieux et du passé des différentes communautés francophones. Le français est vecteur de plurilinguisme et de reconnaissance de la richesse des différentes manières de le parler. Ce partage d’une même langue permet la solidarité internationale, qui prend aujourd’hui d’autant plus de poids, qu’on y est contraint par l’interconnexion entre les villes, pour l’accès à une santé partagée, à l’eau, comme bien public mondial et à l’éducation, garante d’une ouverture à l’autre.

Elle explique que le mot francophonie, vu de France, ne porte pas les mêmes droits culturels, qui ont été acquis difficilement mais vaillamment, par le peuple Québécois.

De ce fait quand vous prononcez le mot francophonie en France, il m’arrive souvent de m’entendre dire mais enfin, la francophonie c’est la façon qu’a eue la France d’imposer sa langue à des pays colonisés“.

Selon elle la francophonie, c’est d’abord la reconnaissance de ceux qui ensemble, dans la même langue, veulent porter des projets solidaires entre des pays qui n’ont pas les mêmes traditions, pas les mêmes cultures nécessairement et pas forcément non plus les mêmes langues nationales.

Les langues ne sont pas, les unes plus importantes et les autres plus faibles, les langues sont respectables et doivent être respectées en cela qu’elle porte, l’avenir d’individus et l’avenir de peuple (…). Les langues ne peuvent pas être hiérarchisées sans dommage. Le français comme vecteur de ce plurilinguisme mondial apparaît puissant aujourd’hui“.

Elle considère qu’associer la francophonie à des valeurs, c’est quelque chose qui permet de se projeter dans un certain nombre de manières pour l’homme de respecter ses semblables, d’être du côté de la paix, de la défense de la liberté de pensée et de la pensée critique. Mais elle hésite beaucoup à parler de valeurs, car elle ne croit pas qu’il soit si facile de projeter sur autrui les convictions philosophiques, morales et spirituelles que l’on peut porter soi-même. Elle ne croit pas non plus que le prosélytisme soit une bonne manière de parler d’individu à individu ou de peuple à peuple.

Je crois que la francophonie a souffert, y compris les institutions de la francophonie, d’une représentation négative de son rôle à partir du moment où en parlant de valeurs elle était parfois représentée comme voulant imposer ou propager des valeurs qui n’étaient pas nécessairement partagées par les autres peuples du monde”.

Ensuite, elle nous raconte que nombre de pays d’Afrique, malgré le caractère brutal de la première colonisation et de certaines pratiques coercitives dans les écoles, ont réussi souvent à garder vivante leur langue nationale.

D’ailleurs, les chefs d’État les plus éveillés à la notion de plurilinguisme, et en particulier le père fondateur de la francophonie, Léopold Sédar Senghor, qui pensait que la francophonie c’est un humanisme intégral, n’a pas choisi le français comme langue du Sénégal, il a choisi comme langue officielle de son pays, 7-8 langues officielles, c’est-à-dire un véritable plurilinguisme, qui reconnaît que le français est une langue entre autres, parmi les autres et affectée pat les autres“.

Enfin, selon Michèle Gendreau-Massaloux, il y a un danger de cassure entre les évolutions urbaines et les évolutions universitaires. Les nouvelles réflexions sur l’urbanisme en francophonie portées par l’Association Internationale des Maires Francophones (AIMF) en partenariat avec l’Association pour la Promotion de l’Enseignement et de la Recherche en Aménagement et Urbanisme (APERAU), peuvent apporter à la relation entre le fonctionnement urbain et la façon dont à l’intérieur d’une université on peut le connaître afin d’aider à comprendre comment fonctionne la ville en matière de trajets urbains, de transports en commun, d’espaces verts, d’espaces publics…

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Réalisés avec différentes personnalités francophones (écrivains, intellectuels, acteurs de la fabrique de la ville, artistes…), les entretiens Urbanisme en Francophonie interrogent le lien entre urbanisme et francophonie pour faire ressortir les spécificités des villes francophones et leur apport pour construire la cité de demain. A la fin de chacun d’eux, nous découvrirons une nouvelle carte postale de l’espace francophone proposée par l’interviewé.

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