Quels ponts l’architecture est capable de produire entre le Sud et le Nord ?

© Marjolijn de Groot

Selon Françoise N’THÉPÉ (Architecte DESA, Dirigeante de F. N’THEPE ARCHITECTE, Membre de l’Académie d’Architecture de France), la question d’une architecture durable est de plus en plus présente dans les débats liés à l’expansion des villes, au Nord comme au Sud. Quel que soit la situation géographique, ce trait commun met en évidence que les populations et les gouvernances sont partie prenante du devenir écologique de leurs territoires, les ressources énergétiques devant être de plus en plus optimisées.

Se pose alors la question des outils existants et à créer afin d’y arriver. Car les politiques de développement urbain ne semblent pas toujours s’appuyer sur une maîtrise des conséquences induites sur le long terme, au regard de l’évolution démographique et des besoins associés. Tous les acteurs de la ville doivent donc aujourd’hui se positionner en tant que « chercheurs-bâtisseurs », l’architecture n’étant qu’un des nombreux leviers de cette problématique.

Une première porte d’entrée est de considérer la qualité des constructions, leur coût et leur durabilité, mettant l’architecture au cœur de cette question, mais également le paysage, l’urbanisme et tous les acteurs de la construction.

L’exemple des pays du Sud (notamment en Afrique) montre qu’il est indispensable de trouver une alternative à l’architecture dite « internationale » qui s’y est fortement développée ces dernières années, et à l’architecture dite « informelle » qui devient parfois la norme dans des contextes sociaux-économiques difficiles. Or il n’est plus question d’adapter des schémas et fantasmes empruntés à des référents de pays industrialisés, mais plutôt de développer une architecture propre à chaque culture.

De plus, au Nord comme au Sud, l’essor de méthodes de constructions durables issues directement de nos pratiques ancestrales, comme la construction vernaculaire, sont actuellement mises en avant, car vecteur d’une transition énergétique douce et maîtrisée. Mais cela n’est pas pour autant de l’innovation et un gage de réussite. Il existe donc une place entre le « tout traditionnel » et le « tout moderne », et c’est là que la recherche peut trouver sa place : allier, et surtout, tirer parti de différentes techniques aguerries afin de répondre aux besoins d’urbanisation. Mettre en place une réflexion sur des modes constructifs « mixtes » par exemple, mais surtout adaptés en termes de durabilité et d’écologie, peut définir une nouvelle alternative qui, plutôt que de rester sur des modèles architecturaux non adaptés (car trop énergivores et souvent décontextualisés), doit imaginer des réponses spécifiques et ainsi créer de nouveaux modèles.

Favoriser une insertion réfléchie dans un site, une implantation bien orientée, sont des prérequis simples qui doivent revenir au premier plan. L’emploi des énergies locales est aussi un levier de cette transition écologique : ventilation naturelle plutôt que climatisation, énergie solaire, travail des sols, contrôle de la thermique et du confort de vie, contrôle des eaux pluviales, formation renforcée de la main d’œuvre et des savoir-faire artisanaux… Les actions à mener doivent être de plus en plus locales et non globalisées, et garantir le maintien des écosystèmes naturels indispensables au maintien de la biodiversité. Elles doivent aussi accompagner de nouvelles filières de construction spécifiques, utilisant au maximum des matériaux biosourcés et décarbonés, tout en permettant la facilitation des normes trop restrictives actuellement. Le chemin est encore long…

Une autre porte d’entrée est le logement, une part essentielle de notre paysage urbain, par la mise en place de modèles d’habitat abordable, et non social, afin de s’adapter aux modes d’habiter des différents pays et répondre au plus grand nombre (en particulier les populations défavorisées). Cela doit passer par une sensibilisation des populations et une pédagogie renforcée mettant en avant les bonnes pratiques à adopter, afin de sortir de certains stéréotypes culturels bien ancrés. Un accompagnement professionnel et politique est donc indispensable.

Notamment, au Nord comme au Sud, la question de la densification est une problématique non négligeable face à celle de l’étalement urbain. Sans même parler du coût du foncier, l’imaginaire de l’habitat collectif opposé à l’habitat individuel est aujourd’hui mal interprété. Les moyens vers l’accession à la propriété sont également un facteur social déterminant dans l’appréhension de cette question. Mais cela suggère d’une part une bonne compréhension des schémas directeurs mis en place, et plus ou moins respectés dans certains pays (plans locaux d’urbanisme, dispositifs fiscaux, etc.) , et d’autre part une responsabilité accrue de la gestion et l’entretien d’un patrimoine. Pour cela, il faut surtout construire bien et au bon endroit, de manière réversible, et en minimisant son impact environnemental.

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