La ville pas chiante, alternatives à la ville générique

Anti-manuel à l’usage des fabricants de l’urbain, coédité par le Club Ville Aménagement et les Éditions du Moniteur» le 30 juin 2021, l’ouvrage d’Ariella Masboungi (architecte-urbaniste Grand prix de l’urbanisme 2016) et Antoine Petitjean (architecte urbaniste associé chez associer) recense des exemples à suivre et des pistes à explorer pour penser des lieux où les habitants ne périront pas d’ennui.

« La ville pas chiante, alternatives à la ville générique » s’expose sur 200 pages environ, nourries des contributions et des entretiens avec une foule de lauréats du Grand Prix de l’urbanisme tels Frédéric Bonnet, Christian de Portzamparc, Jacqueline Osty, Henri Bava mais aussi nombre d’autres paysagistes, urbanistes, architectes, penseurs, élus, etc.

À travers des exemples de villes et de quartiers (Île de Nantes, Projet Seine Arche à Nanterre, Campus Condorcet à Aubervilliers, SPL des deux rives à Strasbourg, Projet « Sol Facile » de Lyon Part-Dieu), les auteurs donnent à voir « la ville pas chiante », où des opportunités sont saisies pour sortir du parfait achèvement. Cette ville qui se réinvente en permanence, mais qui est aussi patiente, équitable et solidaire, se soucie avant tout du bien-être collectif. Réintroduire le travail en ville, développer la coproduction et fabriquer des rez-de-chaussée vivants font également partie des actions des urbanistes pour tirer les citadins de l’ennui.

Résumé

« Il en faut tout de même du culot pour intituler un ouvrage “la ville pas chiante”. Les auteurs auraient pu choisir un vocabulaire plus onctueux, leur éditeur les inciter à plus de modération. Parler d’aimables cités aurait été plus convenable. Et convenu. Car ces mots bienveillants, qui ne fâchent personne, sont désormais les grands poncifs du marketing territorial.

À force de novlangue, le dit de l’urbain en  perd ses directions, ses objectifs jusqu’à en devenir inefficace. Pour avoir souvent  entendu que “l’urbanisme c’est barbant, personne n’y comprend rien”, on se dit  qu’il faut cesser de jargonner gouvernance, coélaboration, smart cities, mixité  fonctionnelle ou renforcement de la cohésion sociale. Ça ne peut pas faire de mal d’y aller franco ! Faire la ville pas chiante et y intéresser les habitants, c’est peut-être commencer par arrêter les discours emmerdants. Mais il faut être plus culotté encore pour penser, comme les auteurs de cet ouvrage, que cette ville-là est possible.

Que des métropoles aux communes de la ruralité, le paysage urbain peut être plaisant, rigolo, beau, historique, inventif, surprenant, ordonné, foutraque, praticable, confortable, animé, ouvert, serein, sûr... Toujours divers, jamais ennuyeux. Alors que la tentation est devenue forte d’aller chercher ailleurs de l’herbe que l’on suppose plus verte, il est urgent d’apporter la preuve qu’on peut la fabriquer, cette ville riante, éthique et durable. Une utopie urbaine qui n’en est pas une, ainsi que le démontrent les 10 points déclinés dans ce livre pas ordinaire ».

Marie-Douce Albert, journaliste

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