Source : photo de Nuit « Chaire Noz Breizh 2023, B.Laporte »
Maîtresse de conférences à l’Institut de Géoarchitecture (Université de Bretagne occidentale), Edna HERNANDEZ GONZALEZ vient de soutenir son habilitation à diriger des recherches intitulée « La nuit dans tous ses états. De la lumière urbaine vers une lumière écologique, durable, économe ». Cette présentation a été l’occasion de revenir sur les travaux scientifiques pluridisciplinaires qui portent sur la nuit, ses temps, ses lieux, ses acteurs.
Devant un jury, lui aussi pluridisciplinaire (voir ci-dessous), Edna Hernandez Gonzalez est revenue sur les différentes thématiques des études scientifiques sur la nuit consacrant ce sujet comme un enjeu écologique, démocratique et sécuritaire. Depuis le début des années 2020, on observe en effet une plus grande attention tant de la part des chercheurs que de la part des politiques publiques, en raison d’un contexte conjoncturel instable.
Comme d’autres chercheurs, Edna Hernandez Gonzalez observe tout d’abord de quelle manière la pandémie COVID 19 a pu constituer un révélateur et une période d’expérimentation des effets habituels des activités nocturnes. En effet, les périodes de confinement ont constitué autant de moment de relative pause ou de ralentissement de beaucoup d’activités anthropiques :
- des effets positifs sur la biodiversité de façon générale (Ahmadpoor et al., 2021; Bonilla-Aldana et al., 2020, Mcneely, 2021) ;
- une diminution de la pollution lumineuse pendant cette période (Bustamante Calabria, 2021; Jechow, 2020),
- une désynchronisation des rythmes humains et des impacts négatifs dans le monde de la vie nocturne festive (Castaldo, 2021; Geoffroy et al., 2020; Gwiazdzinski, 2020; Straw, 2020; Straw et Reia, 2021).
L’existence d’une pollution lumineuse et l’importance de la mesurer et d’en comprendre les effets sur les milieux naturels sont donc devenues d’autant plus utiles qu’il était plus facilement possible de disposer des conditions techniques pour en limiter les effets. La guerre en Ukraine, en particulier ses effets sur l’énergie, a renforcé l’intérêt pour une modification des politiques d’éclairage public : réduire les amplitudes horaires d’éclairage public, voire l’intensité lumineuse permettait ainsi de concilier à la fois une préoccupation écologique (réduire une pollution lumineuse) et une contrainte économique en réduisant la facture énergétique (Ferrand et Trotignon, 2023). L’adoption en France d’un Plan de sobriété en octobre 2022 et l’engagement de nombreuses communes à réduire leur empreinte lumineuse participaient de cette évolution. En 2024, toujours en France, la « Trame Noire » a été intégrée à la Stratégie nationale biodiversité 2030.
Mais ces quelques aménagements ne doivent pas cacher un constat beaucoup plus large : la pollution lumineuse est en constante augmentation. En prolongement de l’urbanisation généralisée, la lumière artificielle devient un phénomène commun si bien que 83% de la population mondiale vit désormais sous un ciel pollué par un halo (Sciences Advances, 2016).
Cependant, les études autour de la nuit ne sauraient se résumer aux enjeux écologiques. La diversité des pratiques sociales, mais aussi les représentations et les vécus différenciés conduisent à devoir relier systématiquement les différentes préoccupations écologiques, économiques, sociales et sociétales. Edna Hernandez Gonzalez a rappelé, en les illustrant, les différents débats engagés et leur importance au quotidien : sur les mobilités nocturnes dans différents contextes urbains ; sur les différences de pratiques nocturnes selon le genre (Lebugle et al., 2020; Lepinard, et Lieber, 2020) ; sur l’expression des sentiments de sécurité… Les études sur la nuit concernent donc tous les territoires, mais aussi tous les champs disciplinaires qui doivent être envisagés ensemble car leurs enseignements doivent être coordonnés pour mener correctement les politiques publiques.
Edna Hernandez Gonzalez entend prolonger cette réflexion à partir d’une étude plus attentive des activités touristiques, de leurs prolongements nocturnes et de leurs différents effets (écologiques, sociaux, de développement local). L’échelle d’analyse est internationale et ne manquera pas d’intéresser les villes de l’espace francophone.
Le parcours d’Edna Hernandez Gonzalez en quelques mots :
- 2015 : maîtresse de conférence à l’Institut de Géoarchitecture (Université de Bretagne occidentale)
- 2022 : initiatrice et directrice de la Chaire Noz Breizh, consacrée aux études sur la nuit. Cette chaire a coordonné différents projets financés par des partenaires privés et publics pour comprendre notamment les enjeux des pratiques nocturnes et les impacts de la pollution lumineuse.
- 2024 : co-directrice de l’Institut brestoise des Sciences de l’Homme et de la Société (IBSHS) qui réunit les laboratoires de sciences humaines et sociales au sein de l’UBO.
L’habilitation à diriger des recherches est attribuée, dans le système universitaire français, à des personnes déjà titulaires d’un doctorat, qui présente publiquement devant un jury l’ensemble de leurs travaux scientifiques et un travail de recherche original attestant de leur capacité à diriger des projets scientifiques, à encadrer des thèses et à mener des équipes de recherche.
Thèse soutenue en 2010 par Edna Hernandez Gonzalez : Comment l’illumination nocturne est devenue une politique urbaine : la circulation de modèles d’aménagement de Lyon (France) à Puebla, Morelia et San Luis Potosí (Mexique)
Le jury réuni pour les travaux d’Edna Hernandez Gonzalez était composé de :
- Nicolas Bernard, Professeur émérite en géographie, Université de Bretagne Occidentale, garant
- Elisabeth Guillou, Professeure de psychologie, Université de Bretagne Occidentale, rapportrice
- Luc Gwiazdzinski, Professeur de Géographie, ENSA Toulouse, repporteur
- Claire Hancock, Professeure en Géographie, Université Paris-Est Créteil Val de Marne, rapportrice
- William Straw, Professeur émérite en études des médias urbains, McGill University, examinateur
- Nicole ROUX, Professeure de sociologie, Université de Bretagne Occidentale, examinatrice
Source : Membres du jury (photo envoyée par Luc Gwiazdzinski)
