Intégrer l’habitat lacustre : un test de maturité pour les villes africaines

© Charlotte Bleunven (15 octobre 2023) – Ganvié (Bénin)

Cet article rédigé par Luc Gnacadja (Architecte, Président de GPS-Development, ancien ministre de l’Environnement, de l’Habitat et de l’Urbanisme et ancien Sous-Secrétaire Général des Nations Unies) s’inscrit dans la série de publications préparatoires à l’ouvrage  « Les villes de l’Afrique que nous voulons« . Dans ce nouvel article, il propose un changement de regard : l’habitat lacustre n’est ni une anomalie, ni un vestige du passé. Il est un révélateur de notre rapport au déjà-là, de notre capacité à composer avec l’eau, et plus largement, de la maturité urbaine et politique de nos villes.

Introduction

L’histoire urbaine rappelle une évidence souvent occultée : de nombreuses villes se sont construites dans l’eau, et non contre elle : Venise, Amsterdam, Ganvié, etc. De Lagos à Abidjan, de Douala à Conakry, de Libreville à Dakar, et jusqu’à Cotonou au contact du lac Nokoué, de nombreuses villes africaines sont confrontées à une même réalité urbaine : la présence d’habitats construits en interaction étroite avec l’eau, souvent anciens, toujours vivants, mais rarement reconnus comme partie intégrante de la ville. La question est la même : moderniser sans nécessairement effacer, transformer sans exclure, planifier avec l’existant.

Les démolitions récentes d’habitats lacustres à Lagos, notamment à Makoko, ont ainsi suscité une émotion bien au-delà du Nigeria. Elles ont surtout remis au centre du débat une question que de nombreuses villes africaines préfèrent encore contourner : que faire de l’habitat sur l’eau ? Derrière cette interrogation se joue bien plus qu’un arbitrage technique ou foncier. La manière dont une ville traite son habitat lacustre constitue aujourd’hui un véritable test de maturité urbaine, politique et territoriale.

Questionnements

  • Que faire des habitats construits en interaction étroite avec l’eau ?
  • Faut-il les effacer au nom d’une modernité urbaine importée, ou accepter d’en faire une composante de la fabrique urbaine contemporaine ?
  • Les villes africaines sont-elles prêtes à assumer le choix exigeant de l’intégration de l’habitat lacustre dans la ville ?

Chapitres

  • L’eau, matrice urbaine oubliée
  • Une question urbaine exigeante, qui appelle des choix structurants et durables
  • Intégrer plutôt qu’effacer : un changement de regard
  • L’habitat lacustre face au défi climatique
  • Un potentiel socio-économique et touristique sous-estimé
  • Grands projets d’infrastructures : une opportunité sous conditions
  • Un révélateur de la relation au déjà-là
  • Une question de maturité urbaine

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