Évaluation des risques environnementaux et sanitaires liées à la gesiton des déchets dans la commune de Sème-Kpodji, Benin

Par son caractère pluridisciplinaire, cette thèse de doctorat en aménagement de l’espace et urbanisme portant sur l’« Évaluation des risques environnementaux et sanitaires liés à la gestion des déchets dans la commune de Sèmè-Podji (Bénin) », soutenue le 27 novembre 2025 par Virgile AYIMADE (Docteur en Aménagement de l’espace et urbanisme) au Laboratoire de Géoarchitecture Territoire, Urbanisation, Biodiversité, Environnement, sous la direction de Frédéric BIORET et Thierry AZONHE, a permis d’une part d’approfondir la connaissance sur les spécificités de la gestion des déchets et la caractérisation des zones à risques élevés de pollution dans la ville de Sèmè-Kpodji.

Cette formation doctorale qui fait l’objet d’une cotutelle internationale de thèse en l’Université d’Abomey-Calavi et l’Université de Bretagne Occidentale.

Contexte de l’étude

L’urbanisation et la croissance démographique se sont traduites par une augmentation spectaculaire de la quantité des déchets et une forte diversification des types de déchets (Dossou-Yovo, 2014)

Le développement des activités économiques couplé avec l’urbanisation galopante ont induit une production croissante de déchet au point de dépasser les capacités d’élimination.

Sèmè-Kpodji, ville située entre deux grandes métropoles du Bénin, Cotonou et Porto-Novo est un axe de déplacement et un espace circulation de biens et de marchandises appelé corridor ouest africain. Les échanges commerciaux dans cet espace constituent une importante source de production de déchets.

Problématique

Les évolutions des modes de vie entraînent une croissance rapide de déchets divers liés à de nouveaux modes de consommation (Pichat,1995). Ces déchets contiennent des quantités non négligeables de substances toxiques qui, ne sont pas suffisamment traités du fait de leur hétérogénéité et de la non disponibilité d’un système de tri à la source.

Les méthodes d’élimination des déchets inadaptées telles que : la mise en décharge non contrôlée, le brûlage à l’air libre, le rejet dans les cours d’eau… posent des problèmes majeurs sur le plan environnemental et sanitaire.

Hypothèse de recherche

Trois grandes hypothèses structurent cette recherche :

  1. La mauvaise gestion des déchets dans la commune de Sèmè-Kpodji est une source importante de pollution environnementale.
  2. Il existe une corrélation significative entre l’exposition de la population aux déchets et certaines pathologies dans les zones urbaines.
  3. L’implication des acteurs locaux et l’adoption de pratiques appropriées peuvent réduire efficacement les risques identifiés.

Cadre théorique

La gestion des risques environnementaux et sanitaires s’inscrit dans un cadre transdisciplinaire. Les bases théoriques des risques environnementaux et sanitaires liés aux déchets pour cette recherche sont les suivantes :

  • Théorie du paradigme technico-scientifique

Cette approche, dominante dans les pays industrialisés, considère que les risques peuvent être objectivement identifiés, mesurés et maîtrisés grâce à la science (Latour, 1979). Cette théorie repose sur les outils de modélisation et de quantification.

  • Théorie de la perception du risque

Développée notamment par Slovic (1990), cette approche montre que la perception des risques varie selon les cultures, l’éducation, l’expérience et la confiance dans les institutions. Dans la commune de Sèmè-Kpodji, certains risques sanitaires liés aux déchets sont sous-estimés ou acceptés, faute d’alternatives ou d’information.

  • Théorie de l’approche socio-environnementale

Elle souligne l’importance des inégalités sociales dans la distribution des risques (Serres, 1990). Les populations pauvres, marginalisées, ou vivant en périphérie urbaine sont souvent plus exposées aux nuisances, sans bénéficier des protections institutionnelles.  Cette approche s’applique au contexte béninois et explique la raison du choix de cette théorie dans le cadre de cette recherche.

Méthodologie

La méthodologie repose sur une approche mixte :

  • Quantitative : collecte de données chiffrées sur les déchets, les pratiques de collecte, les pathologies déclarées.
  • Qualitative : entretiens, observations de terrain, enquête de perception.

La démarche méthodologique a permis de répondre aux questions de recherche, tout en vérifiant les hypothèses formulées.

En complément des travaux cartographiques ont été réalisés à partir de la méthode d’analyse multicritère (AMC) pour la mise en évidence du niveau de vulnérabilité, niveau de pollution et du risque environnemental lié aux déchets.

Les travaux de laboratoire ont permis d’identifier les microorganismes indicateurs de pollution microbiologiques et les éléments traces métalliques (ETM).

Principaux résultats

Les enquêtes de terrain ont permis de mettre en évidence la quantité, les pratiques et les modes de gestion des déchets par les ménages dans la commune de Sèmè-Kpodji. La quantité de déchets solides ménagers produite par jour et par habitants est de 0,48 kg par habitants soit 71 471 tonnes pour l’année 2023. La caractérisation des déchets dans la ville de Sèmè-Kpodji montre une prédominance des déchets organiques (49, 60 %) suivis par :

  • Plastiques : 9 %
  • Papiers /Cartons : 2,57 %
  • Métaux et verre : 1,95 %
  • Textiles : 2,12 %
  • Sables et éléments fins : 33,66 %
  • Déchets dangereux (piles, batteries) : 1, 10 %

La forte proportion de matières organiques attribuée aux déchets de cuisines, aux débris végétaux etc., révèle la possibilité de valorisation par compostage avec un tri au préalable. L’importante proportion de sables et d’éléments fins dans les déchets s’explique par la nature sablonneuse du sol. La proportion plus ou moins élevée de déchets plastiques est due à la forte utilisation de matières plastiques. L’eau et divers aliments sont de plus en plus conditionnés dans des sachets plastiques, car plus pratiques, transportables et moins encombrants. Le textile représente une proportion de de 2,12 % et correspond aux tissus ou matériaux similaires utilisés dans les ménages. Les métaux et verre ainsi que les déchets dangereux (piles, batteries) représentent respectivement 1,95 % et 1, 10 %. Cette catégorie de déchets est souvent générée par les ménages de la ville et les parcs de vente de véhicules d’occasion.

Il ressort des investigations sur le terrain plusieurs pratiques des ménages en matière de gestion des déchets. Ces pratiques diffèrent d’un arrondissement à l’autre en fonction des conditions socio-spatiales. Dans les quartiers défavorisés par exemple, les ordures sont jetées au bord des voies, sur les espaces libres, les dépotoirs non contrôlés, aux bords des cours d’eau. Elles sont parfois brûlées, collectées par les structures de précollecte ou utilisées par certains ménages pour le remblaiement des marécages, dans la perspective de gagner des terrains pour y habiter. À ce titre, 23, 61 % des ménages enquêtés se livrent au brulage à l’air libre des déchets, 30, 80 % jettent leurs déchets sur les sites de dépôt non contrôlés, 25 % des ménages utilisent les déchets pour combler les marécages.

À coté de ces modes de gestion des déchets, la Société de Gestion des Déchets et Salubrité (SGDS) à mis en place un système opérationnel pour la gestion des déchets solides ménagers. Ce système est structuré autour de 4 principes que sont : la précollecte, la collecte, la transport et l’enfouissement. En dépit des initiatives mises en place par le projet de modernisation de la gestion des déchets solides ménagers, certaines situations contrarient les opérations de précollecte sur le terrain. Il y a les contraintes climatiques liées à la pluviométrie et les contraintes d’accessibilités liées à l’état des voies.

L’Analyse SWOT du système de gestion des déchets présente quelques opportunités comme le projet de modernisation de gestion des déchets solides du Grand Nokoué avec un nouveau dispositif de gestion des déchets ou la précollecte des déchets est désormais confiée aux PME. La création de la Société de Gestion des Déchets et de Salubrité vient renforcer la précollecte et la collecte des déchets solides et montre la volonté politique d’une gestion adéquate des déchets.

En termes de menace, les résidents des quartiers défavorisés vivent à proximité des dépotoirs sauvages. Les agents de précollecte des déchets souffrent de l’état défectueux des voies et sont souvent exposés aux déchets. Les faiblesses notées sont fondamentalement liées à un défaut d’éducation à la citoyenneté, la non application du tri des déchets à la source, le niveau de vie très bas de la population des quartiers précaires de la commune de Sèmè-Kpodji, le faible niveau d’optimisation du circuit de collecte dans les quartiers difficilement accessibles et le non fonctionnement de certains points de regroupement.

Les risques liés aux pratiques non conventionnelles de gestion des déchets sont mis en évidence par les résultats des analyses des éléments traces métalliques (ETM) et microbiologiques. Ces résultats ont montré la pollution des sols par les ETM et la contamination des eaux par les bactéries. Ces pollutions constituent des menaces pour la durabilité des écosystèmes et s’accompagnent de risques sanitaires à travers la prolifération des vecteurs de maladies, l’exposition aux agents biologiques et la diffusion de substances chimiques et toxiques dangereuses pour la population.

Dans ce cadre, l’identification des zones les plus exposées aux risques associés à la gestion inadéquate des déchets solides ménagers à l’échelle de la commune est réalisée à travers les méthodes d’analyse multicritère, appuyée par les Systèmes d’Information Géographique. La carte des risques présente les zones les plus exposées ou le niveau de risque de pollution aux déchets est élevé. Cette carte apparaît comme un outil d’aide à la décision et va permettre aux décideurs de savoir les zones prioritaires à cibler pour une intervention en vue d’atténuer les risques et préserver l’environnement et la santé de la population.

Conclusion

Par son caractère pluridisciplinaire, cette thèse a permis d’une part d’approfondir la connaissance sur les spécificités de la gestion des déchets et la caractérisation des zones à risques élevés de pollution dans la ville de Sèmè-Kpodji et d’autre part de mettre en évidence l’implication de divers acteurs dans le processus de gestion des déchets solides ménagers. Toutefois, malgré cette diversité d’intervenants dans la gestion des déchets solides ménagers, il existe quelques dysfonctionnements du système ayant des impacts sur l’environnement et la santé de la population.

Cette thèse démontre que la structuration spatiale révèle, des zones résidentielles centrales et périphériques. Les quartiers de haut standing et moyen standing se retrouvent dans les zones résidentielles où les services de collecte des déchets sont bien répartis, tandis que dans les quartiers précaires des zones périphériques, les services de collecte des déchets sont irréguliers voir insuffisants. Cette situation est due à l’étalement urbain sur des périmètres beaucoup plus larges surtout dans les zones déclarées non aedificandi. Des espaces souvent difficilement accessibles à cause de l’impraticabilité des routes, sont témoins de la prolifération de sites de dépôt non contrôlés de déchets solides ménagers.

Les différentes pratiques et les modes d’évacuation des déchets solides et ménagers par les ménages de ces localités ont été présentés. Or ces pratiques et comportements des citoyens face aux déchets sont potentiellement à risque pour l’environnement et la santé humaine.

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