Tel était le thème de travail de l’atelier d’urbanisme international à Fianarantsoa (Madagascar), mené par les étudiant.es de Ecole d’Urbanisme de Paris et Université de Fianarantsoa, en réponse à une commande de la Communauté Urbaine de Fianarantsoa et de l’université de Fianarantsoa, dans le cadre du programme de recherche-formation MADATLAS Université de Fianarantsoa, soutenu par AFD – Agence Française de Développement.
Présentation de l’atelier, de la commande et des commanditaires
Cet atelier répond à une commande visant à accompagner le développement et l’intégration urbaine des centralités secondaires, en prenant pour terrain d’étude le quartier d’Andrainjato Sud, où est implantée l’Université de Fianarantsoa. Il est porté conjointement par la Commune Urbaine de Fianarantsoa (CUF) et l’Université de Fianarantsoa (UF), dans le cadre d’une collaboration inédite et stratégique en matière de planification territoriale.
Il s’inscrit dans la continuité du Plan d’urbanisme directeur (PUDi) actualisé en 2023 et de la future élaboration du Plan d’urbanisme de détail (PUDé). La commande vise à produire un diagnostic territorial multiscalaire (campus, quartier, commune), à analyser les dynamiques urbaines, les pratiques des usager·ères et les enjeux liés aux mobilités, au logement, à l’alimentation et aux ressources, puis à formuler des orientations stratégiques et des propositions opérationnelles. Ces résultats ont vocation à alimenter les documents de planification et à appuyer de futures demandes de financement auprès de l’État et des partenaires de la coopération internationale.
Acteur public central du territoire communal, la Commune Urbaine de Fianarantsoa dispose de compétences en matière administrative, économique, sociale et environnementale conformément à la loi 2014-018 relative aux Collectivités territoriales décentralisées : elle planifie le développement communal, gère les infrastructures et équipements publics, la voirie, l’assainissement, l’habitat, l’environnement et la sécurité de proximité, tout en pilotant des opérations structurantes pour la ville.
De son côté, l’Université de Fianarantsoa constitue un acteur majeur des dynamiques urbaines par son poids démographique, son emprise spatiale et sa capacité à structurer les quartiers environnants. Le campus joue un rôle économique structurant pour la ville : lieu d’emploi et moteur pour le commerce, l’alimentation, le transport, le logement, les loisirs, les communications ou encore la santé. Il contribue également à l’identité et à l’attractivité urbaine de Fianarantsoa, pôle universitaire majeur à Madagascar.
Cette commande s’inscrit enfin dans la dynamique du programme Madatlas, projet interuniversitaire lancé en 2021 pour structurer une filière en cartographie numérique, géomatique et aménagement durable à Madagascar, porté notamment par l’Université de Fianarantsoa en partenariat avec l’Université Gustave Eiffel, l’Université Bordeaux Montaigne et l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD), afin de former des professionnel·le·s capables de produire et mobiliser des données géospatiales au service des politiques publiques et du développement territorial.
Questionnements
- Comment assurer un développement urbain équilibré et la complémentarité des centralités dans une ville en pleine croissance ?
- Dans quelle mesure l’Université et son campus peuvent contribuer la réduction des inégalités ?
- Quels peuvent être les leviers concrets pour améliorer les conditions de vie et d’études à Fianarantsoa, en matière de logement étudiant et de sécurité alimentaire ?
Axes de travail
- Réfléchir aux synergies entre une ville et son université
- Structurer l’émergence d’une centralité secondaire autour du campus universitaire
- Améliorer les conditions de vie et d’études d’une population étudiante en pleine croissance.
Méthodologie
De septembre 2025 à mars 2026, le groupe a travaillé à distance et sur place autour des mobilités urbaines, de la sécurité alimentaire, du logement étudiant et des lieux de sociabilité, via des entretiens, observations, ateliers participatifs, cartographie sensible, entre autres méthodes d’enquête.
La démarche s’inscrit dans une approche exploratoire de terrain, centrée sur les usages, pratiques et perceptions des acteur·ice·s, afin de saisir le fonctionnement réel du site au-delà des cadres théoriques ou institutionnels.
Pour répondre à la complexité du contexte, plusieurs méthodes ont été mobilisées, combinant approches qualitatives et observations directes. Des entretiens semi-directifs ont été menés auprès de 140 acteur·rice·s : étudiant·e·s, habitant·e·s, associations, représentant·e·s institutionnels, agriculteur·ice·s et commerçant·e·s. Ils ont été complétés par la réalisation decarnets de mobilité, ainsi que l’usage combiné d’outils numériques et papier (Epicollect).
Deux ateliers participatifs ont été organisés, le premier sur le logement et les sociabilités et le second sur
l’alimentation, complétés par de la cartographie sensible et des travaux avec les agriculteur·ice·s du Fokontany. À travers ces méthodes les lieux structurants, les pratiques, les initiatives, les manques et conflits d’usage, ainsi que les suggestions et pistes de solution ont été recueillies, ce qui a permis de produire des pistes d’action socialement acceptables.
Enfin, des observations directes ont documenté les situations, usages, flux, déplacements et circuits alimentaires (via une méthode dite « follow the thing »), ainsi que la marchabilité et les contraintes matérielles et environnementales, via un diagnostic de mobilité adapté des méthodes du Cerema. Cette méthode aide les collectivités à mieux organiser leurs projets d’aménagement. Elle consiste à faire un diagnostic du territoire pour comprendre ses forces, ses faiblesses et
ses risques. Cette méthode vise à prendre en compte l’environnement, l’économie et les besoins des habitant·e·s en même temps.
La combinaison de ces méthodes a permis de croiser discours, pratiques et données spatiales, de valider des constats et de fonder des recommandations se voulant réalistes et adaptées aux enjeux locaux.
Recommandations
14 recommandations en faveur d’une ville verte, dynamique et universitaire autour de trois axes :
Améliorer les conditions de vie sur le campus
- Intensifier et diversifier les usages
- Mettre en place une collaboration événementielle entre la ville et l’université
- Améliorer la qualité des logements étudiants et accroître l’offre de logements
- Repenser le modèle économique
- Réaliser un Plan d’Urbaisme Détaillé (PUDÉ)
- Créer une fiscalité logements locatifs abordables
Favoriser la sécurité alimentaire
- Développer une épicerie solidaire
- Améliorer le marché d’Andrainjato Sud et son cheminement
- Créer un restaurant universitaire à tarif social
- Améliorer et sécuriser l’ergonomie des cuisines des logements étudiants
Améliorer l’accessibilité et les mobilités piétonnes
- Aménager les tronçons piétons existants
- Améliorer le revêtement et installer du mobilier urbain pour sécuriser et conforter les déplacements
- Construire un nouveau parcours piéton adapté pour compenser la forte pente du terrain
- Aménager les arrêts de bus afin d’améliorer la sécurité et le confort des usager·ère·s
- Créer une nouvelle ligne de bus
Conclusion
Le diagnostic met en évidence le rôle structurant d’Andrainjato Sud dans l’organisation urbaine de Fianarantsoa, porté par l’attractivité du campus universitaire. Le quartier concentre une importante populaTion étudiante, connaît une densification progressive de l’habitat et génère des flux quotidiens intenses vers le centre-ville, affirmant sa fonction de lieu de vie, d’études et de mobilités. Toutefois, cette centralité reste fragile : la topographie contraignante, l’état des
voiries, le manque d’aménagements piétons sécurisés et une offre de transport inadaptée limitent l’accessibilité, accentuent les inégalités et renforcent la dépendance au centre-ville.
La consolidation d’Andrainjato Sud comme centralité secondaire fonctionnelle repose sur trois leviers interdépendants : le logement, la mobilité et l’alimentation. Il s’agit d’encadrer la dynamique immobilière pour garantir une offre accessible et adaptée, d’améliorer les infrastructures et les transports pour réduire les inégalités d’accès, et de renforcer la sécurité alimentaire via une meilleure articulation entre habitat, déplacements et marchés de proximité. Ces actions doivent intégrer des enjeux transversaux de durabilité, de préservation paysagère et de réduction des inégalités, dans le cadre d’une gouvernance coordonnée associant l’ensemble des acteurs locaux.
Membres de l’équipe de l’atelier professionnel 2025-2026
Équipe étudiante :
- Zoé BALAŸ
- Thoriq ABDULLAH
- Aubane PASTUZAK
- Julie SENTENAC
- Sylvain ZIEGLER
- Alireza REZAIE
- Diana TRUJILLO IBARRA
- Anaëlle MILLET
- Oumou CISSÉ
- Naomi TRUFFIER
- Salih YILMAZ
Équipe encadrante :
- Fanny COTTET (Docteure en urbanisme. Attachée temporaire d’enseignement et de recherche – École d’Urbanisme de Paris, Lab’Urba)
- Virginie RACHMUHL (Responsable de projets urbains au Gret et Enseignante associée à l’école d’urbanisme de Paris)
- Claire SIMONNEAU (urbaniste-géographe et Maîtresse de conférences en études urbaines chez Université Gustave Eiffel)
- Sophie MOREAU