⛽ Paysages post-carbone

Dans la newsletter n°159, Sylvain Grisot, urbaniste et fondateur de dixit.net (agence de conseil et de recherche urbaine) nous présente l’exposition permanente “Énergies Légeres : usages, architectures, paysages“, présentée du 09 novembre 2023 au 17 mars 2024 au Pavillon de l’Arsenal, sous la direction de Raphaël Ménard (architecte, ingénieur, docteur en architecture) avec Jean Souviron (architecte, ingénieur, docteur en art de bâtir et urbanisme).

J’avais besoin d’un temps de pause. Nous venions de parcourir le flot de cette histoire de l’apparition des énergies fossiles dans nos vies, de la nécessité d’une bonne dose de sobriété pour nous en passer, mais aussi de développer les alternatives. Mais celles-ci aussi ont des impacts : poids des matériaux, empreinte spatiale, impact sur les paysages… Les chiffres s’alignent sous la forme d’élégants schémas sur les murs du Pavillon de l’Arsenal. Effrayants. Les deux tranches de la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine, c’est une centaine d’hectares et 1,2 million de tonnes. Le barrage de Serre-Ponçon, 2,2 millions. Une éolienne en mer du parc de Saint-Nazaire 2900 tonnes. Les panneaux solaires sur mon toit peut-être 150 kg. L’énergie ne se compte pas qu’en kilowatts et mégawatts, mais aussi en tonnes et en hectares, et apprendre la légèreté ne sera pas si simple.

Alors, cette banquette est la bienvenue, comme l’est ce paysage calme devant moi. Une forme de carte postale à peine animée d’une légère brise qui fait tourner une petite éolienne au profil familier. Nous voilà dans une petite rue, sans doute celle d’un lotissement cheminot des années 1960, au bord de voies ferrées abandonnées. Une drôle de petite voiture mal garée sur le trottoir se recharge par l’entremise d’un câble passé par-dessus la clôture. Derrière elle, une voiture de collection manifestement rétrofitée d’un moteur électrique. Pendant qu’elles patientent, des techniciens déploient un accordéon de panneaux solaires sur les voies. La rue a été blanchie pour réduire l’effet d’îlot de chaleur urbain, tout comme les toits, quand ils n’ont pas été équipés de panneaux solaires. Je suis face à une image d’un banal présent, avec quelques graines de futur qui semblent déjà familières. Un futur possiblement proche où l’énergie s’est faite légère.

C’est un des six paysages post-carbone concoctés par Raphaël Ménard et Olivier Campagne pour cette exposition. Défilent ensuite l’intérieur cosy d’un appartement urbain, une plaine agricole qui cultive son énergie, des toits parisiens adaptés au futur, des éoliennes qui s’intègrent à leur paysage et à la vie des lieux, et même un fleuve qui renoue avec la production. Autant d’instants prospectifs ancrés dans le banal présent qui donnent envie d’y croire. Tout sauf des couvertures de romans de science-fiction, ou des images d’illustration de colloques sur la smartcity.

J’en retiens pour ma part l’idée qu’une somme de petites transformations peut déjà faire son effet, pour peu qu’on se donne la peine de s’y mettre, en misant sur quelques principes aussi simples que ces six légèretés qui clôturent le parcours : sobriété, équilibre énergie-matière, simplicité, sols vivants, juste échelle et esthétique post-carbone. Je garde aussi en tête un procédé ingénieux, avec ces cartes postales à peine animées qui nous projettent dans un futur proche, éclairé d’un simple schéma explicatif. Un bon moyen de passer au travers du miroir.

On parcourt cette semaine cette exposition intitulée “énergies légères” avec Raphaël Ménard. Alors bonne visite !

Ressources associées :

Voir l’énergie autrement, dessiner l’invisible, mesurer l’impondérable pour relever le défi de l’habitabilité du monde, le rendre plus léger, libéré des énergies fossiles. Parmi les 30000 milliards de tonnes d’artefacts fabriqués et amoncelés par l’humanité, “Énergies légères” tente d’évaluer le poids des architectures qui extraient, produisent, convertissent, transportent, stockent, distribuent de l’énergie et jalonnent nos paysages.

Selon trois éclairages, historique, contemporain et prospectif, cet ouvrage explore les relations mouvementées entre formes et énergies, et révèle l’empreinte territoriale et environnementale de ces architectures. II invite également à imaginer de nouvelles figures de l’énergie, sobres, simples, désirables, à juste échelle et respectueuses des espaces naturels – en un mot, plus légères.

Voir l’énergie autrement, dessiner l’invisible, mesurer l’impondérable. Partager, transmettre, outiller, se donner les moyens de réparer ce monde. Le rendre plus léger et libéré des énergies fossiles : plus qu’un projet, un défi, presque aussi fou que Don Quichotte face aux moulins à vent.

Énergies du vivant, hydrauliques, éoliennes, solaires, géothermiques, fossiles, nucléaires… Autant de types dont la conversion nécessite la construction d’architectures spécifiques, représentant une part des 30 000 milliards de tonnes de matières édifiées par l’humanité. Extraire, produire, convertir, transporter, distribuer, stocker de l’énergie est par essence « pesant ».

L’analyse de ces infrastructures laisse apparaître la relation mouvementée entre architecture et énergie et questionne l’empreinte territoriale, esthétique et culturelle des techniques.

Des moulins à vent aux éoliennes, des premières utilisations du feu aux cheminées solaires, l’exposition présente des trajectoires de l’architecture énergétique, élément par élément, recense leur implantation actuelle et imagine leur avenir.

Partant de l’imaginaire commun (paysage de toits, bords de Seine, plaines et forêts, intérieurs), l’exposition propose des paysages “légèrement” modifiés de notre quotidien ; six lieux et points de vue ordinaires où s’esquissent des lendemains post-carbone.Avec ces représentations inédites, avec des maquettes et prototypes, “Énergies légères” présente une exploration de lendemains, emprunts de sobriété, affranchis des énergies fossiles et libérés des matières non renouvelables.

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