Un outil au service de la transition écologique des territoires : la démarche EcoQuartier

Publiée une fois par mois, la tribune “Urbanisme en Francophonie ” se propose de recueillir les témoignages et les réflexions d’une personnalité autour d’un sujet de son choix. Cet espace ouvert permet aux auteurs de partager librement leur vision du monde et de contribuer à ce récit original. Tandis que le monde doit organiser sa transition vers un développement plus respectueux des personnes, des ressources de la planète et de sa biodiversité, comment penser et construire les villes ?

Ressources documentaires

Cette tribune Urbanisme en Francophonie du mois de mai 2026 est rédigée par Bruno BESSIS (Conseiller ville durable et international à la Direction de l’habitat, de l’urbanisme et des paysages / Direction Générale de l’Aménagement, du Logement et de la Nature).

Une expérimentation riche de 15 ans d’histoire

Lancée en 2009 dans le cadre du Plan Ville Durable, la démarche ÉcoQuartier s’est directement inscrite comme une réponse de la France aux engagements pris lors du Sommet de la Terre en 1992 à Rio, où a été adoptée la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique, puis dans le cadre du protocole de Kyoto en 2005.

En effet, imaginée et élaborée par l’État français (ministère de la transition écologique) en lien avec les acteurs de l’aménagement, sa vocation est, depuis son origine, de permettre à chaque collectivité, quels que soient son contexte, sa taille, ses contraintes, ses atouts, de répondre à son échelle aux enjeux internationaux de lutte contre le changement climatique.

Ainsi, elle accompagne dans tous les territoires les porteurs de projet dans la mise en œuvre de leurs projets d’aménagement durable en contribuant à l’émergence d’une nouvelle façon de concevoir, construire et gérer la ville.

Une démarche cadrée, bien rodée et déployée sur le territoire français

Fondée sur une approche contextualisée, la démarche ÉcoQuartier, encore aujourd’hui promue, portée et accompagnée par l’État français, guide les porteurs de projet à travers le « guide de l’aménagement durable » structuré autour de 4 dimensions : démarche et processus, cadre de vie et usage, développement territorial et Environnement Climat. Chaque dimension se décline ensuite en 5 engagements portant sur des enjeux balayés rapidement ci-après. Enfin, chacun de ces 20 engagements se décompose à son tour en une grille de questionnements permettant d’aborder la ville et les territoires durables de façon transversale, intégrée et contextualisée.

En somme, le référentiel EcoQuartier n’apporte pas de réponses « toutes faites » ; il pose juste les questions auxquelles il est indispensable d’apporter des réponses opérationnelles et concrètes si l’on veut réaliser un projet portant toutes les valeurs d’un ÉcoQuartier, que ce soit dans un quartier neuf ou dans un quartier déjà existant.

On compte aujourd’hui en France 592 projets engagés dans la démarche. Ils représentent tous les types de contextes territoriaux et contribuent à développer le recyclage urbain (70% des projets en chantier ou labellisés sont en renouvellement urbain, dont 30 % sur des friches).

Une vision englobante de la transition écologique qui s’adapte aux territoires

La démarche ÉcoQuartier attache une importance majeure à la participation des citoyens et habitants à la conception du projet urbain, aux réponses concrètes apportées à leurs besoins, aux principes de mixité des populations, à la valorisation de l’histoire et du patrimoine des lieux, à la qualité des espaces publics et des espaces de vie ; mais aussi aux sujets plus économiques comme le soutien de nouvelles filières, la création d’emplois, l’utilisation de matériaux sains, et enfin les sujets de résilience, de prise en compte des risques, de sobriété énergétique ou encore de gestion de l’eau et de l’assainissement.

La force de la démarche ÉcoQuartier, et qui explique son déploiement sur l’ensemble du territoire français, est d’accompagner le porteur de projet depuis les phases les plus amonts (localisation du projet, ambitions du projet, programme, conception, …), pendant la réalisation du projet, et ensuite dans la gestion du quartier réalisé pour s’assurer que le quartier répond aux ambitions initiales et porte les valeurs attendues d’un ÉcoQuartier. Et tout au long de ce temps du projet, la démarche guide le porteur du projet, le pousse à toujours se questionner et s’améliorer, à ne jamais perdre de vue les besoins auxquels il doit répondre grâce à son opération.

Ainsi, la démarche débute en phase amont par la signature d’une charte qui engage le porteur de projet à inscrire celui-ci dans un processus imaginatif, adaptable et vivant, qui favorise une amélioration continue des pratiques d’aménagement. Et elle se conclut, une fois l’opération achevée par l’obtention du label ÉcoQuartier livré, puis trois ans plus tard par l’obtention au label ÉcoQuartier vécu.

Les ambitions des ÉcoQuartiers

L’ÉcoQuartier a pour ambition d’être un laboratoire opérationnel des villes et des territoires durables, un lieu de créativité et d’audace pour faire émerger des projets exemplaires, que ce soit dans les formes urbaines et l’architecture, les usages proposés, ou dans les modalités de conduite de projet et enfin, dans la gestion quotidienne du quartier fondée sur la mobilisation et l’implication des citoyens.

Avec 15 ans de recul et d’enseignements, on peut affirmer que les ÉcoQuartiers, par les ambitions qu’ils portent – bien vivre-ensemble, solidarité, partage, cadre de vie apaisé, … – permettent d’engager tous les territoires dans une dynamique vertueuse. Chaque territoire dispose d’un potentiel qui mérite d’être valorisé. Il peut participer à cet élan en se fondant sur des engagements concrets qui peuvent désormais être mesurés.

La démarche ÉcoQuartier illustre le fait que l’échelon local reste le plus pertinent pour mettre en œuvre les grandes orientations portées par les politiques nationales, dans chaque pays, en prenant en compte les spécificités et les besoins locaux. Elle permet de susciter l’émergence de solutions collectives et durables (avec les élus, les porteurs de projets, les habitants) en matière d’urbanisme et d’aménagement, aux échelles stratégiques et jusqu’au quotidien des citoyens.

La démarche répond concrètement aux défis des villes et des villages durables, notamment par :

  • la production de logements abordables et de qualité ;
  • la revitalisation des territoires ;
  • l’accélération de la transition écologique des territoires.

Et à l’international

Dès sa création, la démarche EcoQuartier a attiré l’attention de nombreuses délégations étrangères, plusieurs pays sollicitant le gouvernement français pour bénéficier de ses compétences et du savoir-faire de la France au sujet du développement durable et des EcoQuartiers. Et de fait, la démarche ÉcoQuartier « à la française » a rapidement séduit les pays étrangers parce qu’elle n’impose pas un modèle-type et ne propose pas de « standard » d’ÉcoQuartier.

À partir du guide de l’aménagement durable (déjà traduit en anglais, espagnol et serbe) décomposé en questions, chaque pays et chaque ville va devoir trouver les réponses qui lui sont propres, avec ambition, mais dans le respect de la culture, de l’histoire, des traditions et des modes de vie.

C’est dans cet esprit et avec cette approche que, depuis presque dix ans, plusieurs initiatives de mise en œuvre du label ÉcoQuartier ont été accompagnées par le Ministère auprès de villes et gouvernements étrangers, parmi lesquels on peut citer le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la Tunisie, mais aussi le Mexique, la Colombie, le Costa Rica et bientôt le Brésil, ou encore le Japon et la Roumanie.

Conclusion

C’est sans doute là qu’est l’essentiel de la démarche EcoQuartier ; ne pas sanctionner, comme le ferait une certification ; mais encourager, accompagner, apporter des conseils, guider et permettre à chaque pays, à chaque ville, dans la cadre de valeurs partagées au sein du référentiel EcoQuartier, de construire et réhabiliter des quartiers avec et pour ses habitants, tenant compte des coutumes, des modes de vie, des besoins, des aspirations de chacun, et avec la volonté de conduire la transition écologique de son territoire.

Dans ces temps troubles que nous traversons, conduire des projets de ville durable et d’ÉcoQuartiers, c’est donner un espoir aux habitants et des perspectives aux territoires. C’est pour cela que nous restons engagés à promouvoir cette démarche.

0 0 votes
Évaluation de l'article
S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires