Urbanisme en francophonie : quelles réponses face à la crise climatique ?

Publiée une fois par mois, la tribune “Urbanisme en Francophonie ” se propose de recueillir les témoignages et les réflexions d’une personnalité autour d’un sujet de son choix. Cet espace ouvert permet aux auteurs de partager librement leur vision du monde et de contribuer à ce récit original. Tandis que le monde doit organiser sa transition vers un développement plus respectueux des personnes, des ressources de la planète et de sa biodiversité, comment penser et construire les villes ?

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Cette tribune Urbanisme en Francophonie du mois d’octobre 2026 est rédigée par Sylvie PARÉ (Professeure titulaire et urbaniste au Département d’études urbaines et touristiques à École des sciences de la gestion (ESG) de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et Présidente du Réseau APERAU Internationale).

Introduction

Depuis les quelques dernières décennies, les villes et les territoires se voient confrontés au réchauffement planétaire et aux crises climatiques extrêmes. Plusieurs transformations territoriales, planifiées pour y faire face, constituent des tentatives d’adaptation à certaines conditions climatiques changeantes, dorénavant présentes dans la vie de bien des habitants et habitantes de notre planète. Peut-on parler de villes et territoires résilients ?

L’imprévisibilité du climat accentue la vulnérabilité des populations, mais tend aussi à obliger les villes et les territoires à être plus résilients. Les pluies diluviennes, les inondations, les sécheresses successives l’épuisement des ressources en eau, les incendies de forêt et les fumées toxiques qu’ils engendrent, les canicules de plus en plus fréquentes, notamment en Occident, les vagues de froid sans précédent dans des pays non-initiés à ces phénomènes climatiques extrêmes, voilà autant d’aléas causés notamment par les changements climatiques.

Que font les urbanistes et aménagistes face à ces nouvelles réalités ?

Bien sûr, il faut repenser l’aménagement des territoires pour limiter les effets dévastateurs des crises qui surviennent de plus en plus fréquemment. Freiner l’étalement urbain et favoriser la résilience des territoires deviennent des impératifs incontournables. Les propositions d’aménagement urbain tiennent compte de plus en plus des réalités que subissent nos territoires : protection contre les inondations fréquentes, abris ou haltes fraicheur face aux canicules successives et prolongées, aménagement des berges pour contrer le rehaussement des eaux et réaffectation des aménagements de littoraux, relocalisation des habitants de territoires affectés par des sécheresses chroniques, etc. autant d’exemples de situations où les pouvoirs publics et l’action citoyenne trouvent limites à leurs interventions.

« …les changements climatiques qui se produisent à travers le monde exacerbent les phénomènes météorologiques extrêmes et accroissent le risque de catastrophes climatiques. L’augmentation de la température de l’air et de l’eau entraîne une élévation du niveau des mers et renforce l’intensité des tempêtes, des vents, des sécheresses et des incendies qui durent plus longtemps, ainsi que des précipitations et des inondations ».

Citation extraite de l’article consulté le 28 septembre 2026.

Les travaux de Jeffrey Raven et al. (2018) montrent que toute action relative à l’urbanisme et au design urbain, peut contribuer à réduire significativement les effets des changements climatiques, selon les diverses échelles suivantes : métropolitaine, de la ville, du quartier ou de l’arrondissement, tout comme à l’échelle de l’ilot ou du bâtiment. Modifier la forme et l’aménagement de bâtiments et de quartiers urbains peut offrir une climatisation et une ventilation naturelle qui réduit la consommation énergétique, tout en permettant aux citoyens de faire face aux très hautes températures et aux intenses “runoff” (Source : Jeffrey Raven; Mattia Federico Leone;Cristina Visconti (2018) Urban planning and urban design).

Selon les mêmes auteurs, il y a un consensus sur l’intégration de la science dans la conception et le design urbain. Les politiques publiques peuvent ainsi tenir compte de mesures de mitigation et d’adaptation aux diverses échelles d’intervention. Nous partageons leur avis, mais encore faut-il mieux intégrer plusieurs principes de développement durable en aménagement et urbanisme dans nos formations.

Les formations en urbanisme et aménagement durables, des impératifs dorénavant considérés

De plus en plus, on aborde l’urbanisme et l’aménagement territorial comme une nécessaire science de la sauvegarde et de la valorisation des territoires face aux diverses crises climatiques. En plus de la recherche universitaire, nos formations comportent maintenant la notion de transition socioécologique dans les cours de premier cycle et les séminaires de cycles supérieurs. La sobriété territoriale (Présentation de Sylvie Paré, Lille, 2023) et l’aménagement écologique y tiennent aussi une place privilégiée, les étudiant.es étant avides de connaissances dans le domaine de la lutte aux crises climatiques, participent souvent à un certain militantisme en faveur de toutes mesures socioécologiques.

À ce sujet, le président sortant de l’Ordre des urbanistes du Québec, Sylvain Gariépy, relevait :

« Le contexte écologique actuel appelle plus que jamais à remettre en question la gestion de la croissance urbaine telle que nous la pratiquons et à préconiser une utilisation plus sobre et frugale du territoire ».

Sylvain Gariépy, Président de l’OUQ, Urbanité, 2023

Dans un contexte de rareté progressive des sols, l’étalement urbain n’est plus valorisé dans nos formations, alors que la densification est dorénavant privilégiée, tout en tenant compte de la spécificité des divers contextes territoriaux. De plus, l’exposition des sols aux caprices du climat aurait pour conséquence malheureuse la destruction des milieux naturels et l’augmentation des vulnérabilités de la population. Cette population présente d’ailleurs des particularités liées à sa diversité, car les inégalités sociales de plusieurs groupes révèlent des conditions peu favorables à la ville et les territoires inclusifs : femmes, personnes âgées, enfants, migrants et immigrants, etc. constituent des groupes dont la vulnérabilité est souvent avérée (Voir à ce sujet l’ouvrage dirigé par Paré et Benguergoura (2025), Urbanisme et inclusion : les défis de l’équité territoriale, Presses de l’université Laval).

Dans une certaine mesure, les formations en urbanisme et aménagement tiennent compte de ces facteurs déterminants dans leurs contenus. C’est bien dans une perspective de sobriété que les urbanistes et aménageurs en devenir sont conviés à penser l’urbanisme et l’aménagement pour mieux protéger les ressources que ce soit l’eau, la végétation, la canopée dans le but d’une renaturalisation optimale. Plusieurs stratégies s’inscrivent dans cette vision de transition socioécologique. Notamment, le développement de toits verts sur les bâtiments de grande surface et le verdissement contribuent à la lutte contre les îlots de chaleur et l’artificialisation des sols. Par exemple, la création de parcs éponges permet d’éviter les inondations dans les quartiers urbains, absorbant le trop plein d’eau de pluie lors d’incidents climatiques.

Dans le descripteur de son parcours Urbanisme et développement de la maîtrise en urbanisme et aménagement de l’Université de Bretagne Occidentale (UBO), on indique bien quels sont les objectifs pour ses futurs diplômés. Les diplômés sont destinés à conduire des études stratégiques pour un territoire, à préparer et réaliser des documents d’urbanisme et de planification, à élaborer des projets urbains, à assurer la maîtrise d’ouvrage pour des opérations d’aménagement ou de production du domaine bâti, en tenant compte des implications environnementales et sociales sur leur contexte.

Qu’attendre de nos formations sachant que l’avenir est incertain ?

Pour conclure, plusieurs questions demeurent. Nous ne pouvons plus espérer le renversement des tendances actuelles. Une réflexion collective est donc de mise afin de mieux contrer les effets des diverses crises climatiques liées au réchauffement de la planète. Pour ce motif, les plans climat doivent faire partie du curriculum de la formation des futurs urbanistes et aménageurs.

Par ailleurs, l’implication des citoyens et des décideurs est dorénavant mobilisée, une dimension intégrante de divers parcours de formation. La participation de la société civile, tout comme celle des diverses parties prenantes, sont conviées à la table, afin de coconstruire les mesures d’adaptation réalisables et durables. Il faut donc dépasser les pratiques actuelles pour éviter un simple prolongement de ce qui se fait actuellement.

Nous pourrions nous inspirer de programmes comme celui proposé par l’université de Lucerne, où l’on préconise les approches collaboratives dans la formation universitaire, afin que les parties prenantes soient bien mobilisées à bâtir des solutions collectives durables, dès la vie professionnelle.

« En somme, il faut cesser de recourir aux seules solutions techniques d’adaptation, pour mieux relever les défis qui se dressent devant nous. Dès lors, nous avons à nous poser la question des pratiques à changer et des enseignements que nous devons apporter dans les formations en aménagement pour permettre d’atteindre les objectifs d’une société vivable ».

Lionel Prigent, Universitaire. Urbaniste (Géoarchitecture. APERAU. AIMF), échange informel, 1er septembre 2026.

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