Matière fertile, patrimoine écologique, foncier visé par la réglementation, la fiscalité et la construction, capital dans le portefeuille des épargnants… : la terre est un objet politique qu’il est difficile d’appréhender dans sa globalité et qui fait l’objet d’une conflictualité accrue. Éclairant les enjeux contemporains autour de la concentration foncière, des usages des sols ou des limites écologiques, l’urbaniste Jean Guiony livre des pistes d’action pour (a)ménager les territoires et maîtriser l’infrastructure foncière.
Les sols ont mille visages : le foncier, le terrain, la terre, le domaine, le sol ; ils sont agricoles, forestiers, humides, prairiaux, scellés ou artificialisés…. Mille visages mais une seule réalité : c’est toujours cette fine épaisseur entre la roche et l’air qui rend le territoire habitable. Cycle de l’eau, du carbone, biodiversité, fertilité, support stable : tout cela dépend de leur bon fonctionnement. Or, ils ne se reconstituent pas naturellement à des échelles de temps humaines : c’est un patrimoine absolu pour nos générations.
Notre histoire à leur encontre est celle d’un échec répété à les préserver et les entretenir. Ces dernières décennies, nous avons au contraire mis en œuvre une puissante politique de l’offre foncière, avec sa salle des machines bien connue des urbanistes. L’urgence de la sobriété foncière ne prend donc pas racine uniquement dans l’impératif écologique mais aussi dans cet échec, malgré des tentatives ou des discours vertueux.
Jean Guiony (Urbaniste, Fondateur Agence Acqua Alta, Président de l’Institut de la transition foncière et Membre du Conseil National de l’Habitat).
La méthode est connue :
- mieux les connaître et cartographier leurs fonctions écologiques,
- éviter leur dégradation par des pratiques de transition foncière : recyclage urbain, transformation d’usage, intensité d’usage et lutte contre la sous-occupation, densification douce et surélévation..,
- réparer partout où c’est possible, au niveau micro, dans les propriétés et les petits projets, et au niveau territorial macro
- changer le financement des projets pour intégrer enfin la dette écologique et celle évitée dans le modèle économique (et pas à côté : c’est possible avec le Bilan de Transition foncière de l’Institut de la Transition Foncière),
- empêcher la dégradation des terres, c’est bien souvent œuvrer à leur meilleure répartition, et c’est là où se rencontrent sobriété foncière et justice sociale.
A lire aussi : rapport réalisé par Jean Guiony avec le soutien de l’Institut de la Transition foncière : « Partager les terres, de l’impératif climatique à la justice foncière« .
