Repenser la géographie : un parcours intellectuel

Ce livre de Paul Claval (Professeur émérite chez Université de Paris-Sorbonne – Paris-IV) publié aux Sérendip’éditions le 9 mars 2026, nous embarque d’autant plus dans ce récit des évolutions de la géographie contemporaine, qu’il le fait à la première personne en revenant sur ses publications et ce qui les a motivées.

La géographie passionne Paul Claval, mais celle qu’on lui enseigne ou qui se fait autour de lui le déçoit. Il décide de mettre en lumière les motivations culturelles incomplètement appréhendées de l’action humaine. Le voici en train de sonder celle-ci, et au-delà, l’Occident qui l’a développée.

Questionnements

  • La géographie éclaire-t-elle mal les dynamiques du monde d’après-guerre ?
  • Les nouvelles démarches se révèlent-elles insuffisantes ?
  • La discipline ainsi élargie rencontre-t-elle les mêmes problèmes et les mêmes doutes que l’ensemble de la pensée sociale ? Une réflexion épistémologique ?

Extrait 

« La géographie m’a toujours attiré. Je me souviens du plaisir que me donna, en avril 1939, un panorama sur la vallée du Lot alors que les pêchers plantés, à l’époque, au milieu des vignes étaient en fleur ; plaisir renouvelé par la suite en bien d’autres lieux ! J’étais curieux de ce qu’y découvrait mon regard ; en m’aidant d’une carte, j’essayais de nommer les sommets que l’on apercevait à l’horizon ; je m’interrogeais sur ce qui existait au-delà ; j’y rêvais en regardant des atlas ; je m’imaginais vivant au Canada ou en Nouvelle Zélande !

Pourquoi la discipline n’a-t-elle jamais cessé d’être ma grande préoccupation ? Parce que celle que l’on m’enseignait ou que je lisais ne me satisfaisait jamais tout à fait : pourquoi ne pas l’améliorer ? Cela s’est traduit par une longue succession d’essais et de retouches, d’abandons et de reprises, de doutes et de remises en cause. Je n’ai cessé de fureter dans d’autres domaines, d’y glaner des idées et de les bricoler. J’avais le souci de m’ouvrir librement au monde, aux autres et aux choses. Ce souci devait beaucoup à mes parents.

Durant la moitié de ma vie, il fut fortifié par ma femme, Françoise : élevée dans un milieu calviniste, le premier devoir était pour elle de penser librement. Par la suite, Colette Jourdain-Annequin, longtemps participante au Cercle d’Études marxistes, me montra qu’à partir de convictions différentes, on pouvait faire preuve d’un souci aussi exigeant de rigueur et d’action sociale. Michel Chevalier, qui dirigea mes premiers pas dans l’Université, me fit comprendre l’étendue des responsabilités de l’enseignant dans une université républicaine. Par sa capacité à entrer dans la logique des autres, Anne Godlewska m’ouvrit à d’autres perspectives sur la pensée géographique ».

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