Eric Charmes (Directeur de recherche à l’École de l’aménagement durable des territoires (ENTPE), spécialiste en aménagement, urbanisme et études urbaines), Cynthia Ghorra-Gobin (Géographe, directrice de recherches au CNRS) et Guillaume Faburel (Professeur d’études urbaines et de géographie, Université Lyon 2) sont intervenus sur France Culture dans l’émission « Questions du soir » du 18 août 2026 pour discuter de l’avenir des métropoles face aux crises écologiques.
Questionnements
- Le changement climatique va-t-il nous obliger à fuir les métropoles ?
- Ce scénario ne relève plus de la science-fiction, car face aux canicules, nos villes sont inadaptées. Mais les zones rurales sont-elles vraiment des refuges climatiques ?
- Faut-il revoir nos façons d’habiter nos territoires ?
- Les grandes villes, encore très associées aux idées d’émancipation et de progrès, sont-elles viables face aux défis des décennies à venir ?
- Les canicules, les sécheresses, vont-elles nous contraindre à investir différemment l’espace, y-compris l’espace rural ?
- Comment éviter dans ce cas de déplacer à la campagne les problèmes de la vie urbaine ?
- Comment penser et créer des manières plus résilientes d’habiter les territoires ?
La question est loin d’être simple et provoque débats et controverses chez les géographes. Le débat a prolongé l’écho médiatique d’une étude du Mouvement Post-Urbain identifiant les sept territoires les plus favorables à un habiter écologique.
A défaut d’avoir pu le faire, vous êtes sans doute nombreux et nombreuses à en avoir rêvé : quitter la métropole pour un bout de campagne, soumis à la canicule, sans doute, mais tempéré par des espaces naturels… Ces pensées ou ces projets que l’on aurait pu associer à des récits d’anticipation il y a encore quelques années, s’invitent dans notre actualité avec la succession des épisodes climatiques extrêmes.
La ville face aux limites climatiques
Les épisodes caniculaires à répétition ont transformé la perception des centres urbains qui deviennent des milieux saturés du fait des îlots de chaleur. La densité des villes, notamment autour du bêton des bâtiments, emprisonne souvent la chaleur, créant des conditions de vie extrêmes pour les populations, notamment les plus précaires. Cette vulnérabilité interroge la pérennité du modèle métropolitain face à l’intensification des crises écologiques. Eric Charmes, directeur de recherche en urbanisme, rappelle qu’« il ne faut pas oublier les inégalités qui traversent les villes quand on oppose ville et campagne. Tout le monde n’est pas égal face à ces questions de canicules : il y a ceux qui travaillent dans des bureaux climatisés, puis il y a ceux qui travaillent dehors ». Par ailleurs, il rappelle que ces canicules ne posent pas seulement des problèmes aux villes, mais aussi aux territoires ruraux, notamment autour des questions agricoles, des forêts ou des ressources en eau. De son côté, Cynthia Ghorra-Gobin, géographe et urbaniste, s’inscrit dans ce propos en soulignant que lorsqu’on pense « infrastructures, on pense au ville ». Néanmoins, les campagnes sont également touchées : « la vulnérabilité nous concerne tous, et concerne l’ensemble du territoire ».
Vers une démétropolisation des territoires ?
Dans ce sens, Cinthia Ghorra-Gobin souligne que l’idée de fuir la métropole » n’est pas banale : « fuir la ville, ça veut dire déserter la ville ». Ainsi, elle conteste la notion de fuite des villes : selon elle, la métropole est un « assemblage de territoires » qui se différencie par la « présence du végétal et la densité ». C’est donc « un système territorial « , entrainant à penser une « une éco-territorialité ». Guillaume Faburel, géographe, souligne quant à lui l’invivabilité des grandes villes face aux canicules et prône une démétropolisation vers des territoires ruraux plus résilients. Avec le Mouvement post-urbain, il évoque ainsi sept territoires refuges où se dessinera la géographie du nouveau régime climatique basé sur plusieurs indicateurs comme l’environnement, l’activité économique ou encore la façon d’habiter le territoire. D’après lui, « déménager le territoire et relocaliser nos activités » s’impose à nous pour retrouver des « espaces d’autonomie et de subsistance et ainsi se remettre en action et réarmer l’engagement ».
Parmi ces espaces, on compte par exemple les plateaux du Massif central, les collines du Poitou, la montagne du Morvan, les Préalpes et les Alpes, les Pyrénées, les collines de Bretagne et celles de Normandie. Se dessine alors une carte de France de l’habitabilité en 2050, avec des zones plus habitables que d’autres, notamment des zones de moyenne montagne et des zones naturelles et résilientes. Il ne s’agit cependant pas de considérer ces espaces comme des « zones refuge » ou encore des « eldorados », mais plutôt de redonner des capacités aux espaces pour proposer des modes de vie plus sobres et moins dépendants de la consommation énergétique intensive propre aux espaces métropolitains. Eric Charmes, spécialiste en aménagement, relativise l’idée d’un exode urbain massif et rappelle que les dynamiques de périurbanisation, étendues des villes vers les campagnes, restent dominante : « il y a des interdépendances entre villes et campagnes, et il s’agit aussi de tirer partie de ces interdépendances ». Sur la question du déménagement, il conclut en soulignant les contradictions qu’il peut y avoir autour du « désir d’habiter les campagnes comme cadre de vie ». S’il y a certes plus d’espaces végétalisés, il existe par ailleurs un « besoin d’emploi largement offert par les villes, mais aussi un désir de sociabilité ». Ainsi, selon lui, « les gens ont souhaité s’installer à la campagne, bénéficier de ce cadre de vie, mais rester en contact avec la ville, avec ses opportunités, ses ressources, et puis aussi, bien sûr, ses équipements et ses services. » Des espaces qui sont donc essentiellement périurbains, mais qui constituent « l’essentiel de la dynamique démographique des campagnes depuis fort longtemps. »
Pour aller plus loin
- Guillaume Faburel, Où habiter ?, Tana Editions, à paraître le 10 septembre 2026,
- Cynthia Ghorra-Gobin, Comment faire des métropoles un levier pour la planification écologique et solidaire, Éditions Le Bord de l’Eau, 2025
- Eric Charmes, La revanche des villages, Seuil, 2019
Références sonores de l’émission
- Bouilloire thermique – Brut – 13/07/2026
- Exode rural Paris-Perche – France 24 – 21/03/2023