Selon Sylvain Grisot, urbaniste et fondateur de dixit.net (agence de conseil et de recherche urbaine) : « Il n’y a pourtant pas à tergiverser : densifier la ville existante plutôt que l’étaler permet d’éviter de consommer des sols agricoles, de limiter les déplacements carbonés et d’autres impacts délétères. Mais la densité ne peut être la solution à tout, partout, et tout le temps, vient un moment où trop de bâti tue la ville. Tout acte de densification devrait donc désormais s’accompagner de l’adaptation du moindre espace ouvert, à commencer par l’espace public ».
La ville peut-elle être à la fois dense et désirable ? Ça fait partie de ces nœuds, de ces dilemmes, qu’il nous faut arriver à dénouer pour avancer. Il y a d’un côté l’injonction à la densité, justifiée par les impacts écologiques de l’étalement urbain, qui s’impose souvent comme une évidence dans la bouche de celles et de ceux qui font la ville, mais peine à convaincre. De l’autre, on retrouve le discours bien rodé de l’immobilisme qui se saisit des mêmes enjeux écologiques pour figer la ville et repousser à plus loin la réponse à nos besoins.
Alors on cherche la voie médiane, la préservation de ce qui doit vraiment l’être, tout en répondant aux besoins essentiels. Mais le compromis est souvent bancal et ne satisfait personne. C’est un dialogue complexe entre contexte urbain, richesses écologiques, attachements légitimes, intérêts inavouables et des façons plus ou moins heureuses de mener la densification du tissu existant.
Sans doute faut-il revoir les termes du débat. La question n’est pas d’être pour ou contre la densité, mais de s’entendre sur les besoins existants, la nécessité de construire pour y répondre et l’opportunité de le faire ici et maintenant. Reste aussi à s’accorder sur le fait que tous les vides n’ont pas vocation à être systématiquement comblés, et que d’autres besoins que le bâti sont aussi légitime, comme les espaces de rencontre, d’accueil de la biodiversité ou de production alimentaire.
Il y a donc nécessité d’engager localement un vrai débat sur l’usage des sols de la ville dense, la concurrence entre les usages humains et non-humains et la légitimité de sa densification. Et si on faisait le pari que la densification de la ville peut être un moyen de la rendre désirable ? C’est le sens de ce que nous avons proposé avec Christine Leconte dans Réparons la ville !, en associant systématiquement densité bâtie à la densité de nature. Les besoins de résilience de nos villes aux coups de chaud comme aux fortes pluies nous imposent de désimperméabiliser les sols et d’y planter massivement une nouvelle canopée urbaine.
Tout acte de densification devrait donc désormais s’accompagner de l’adaptation du moindre espace ouvert, à commencer par l’espace public. Il va falloir exploiter les moindres coins libres, mais aussi faire de la place, que la voiture devra libérer pour végétaliser. La tache est immense et urgente, car tout cela prendra du temps. Mais elle aura aussi un co-bénéfice essentiel : celui de faire une ville qui donne envie d’être vécue, à la fois dense en usage et en nature, et donc éminemment désirable.
Ressources :
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💻 Retrouvez le replay de l’émission Le Monde en Face sur France 5 : Comment faire reculer le béton ? Avec l’intervention de Sylvain. (France TV)
Signataire :
Sylvain Grisot, urbaniste et fondateur de dixit.net (agence de conseil et de recherche urbaine) en 2015. Après un parcours professionnel varié dans des structures publiques et privées. Parallèlement à ses missions de conseil, il développe une activité de conférencier, d’enseignement et de recherche. Il est notamment l’auteur :
- du Manifeste pour un urbanisme circulaire (Éditions Apogée 2021), ouvrage dans lequel il invite les acteurs de la ville à faire transition pour une ville frugale, proche, résiliente et inclusive ;
- du livre Réparons la ville ! Propositions pour nos villes et nos territoires, un livre écrit à deux voix avec Christine Leconte, à l’attention des citoyens comme des décideurs. Un ouvrage sur nos villes, pour nous tous.
