Ce 5 à 7 du 5 décembre 2025 a proposé un échange avec Etienne Riot (chercheur en urbanisme), Antoine Picon, (Professeur émérite) ainsi que Cécile Diguet (urbaniste au Studio Degel), à la Fabrique de la Cité (et à distance), pour tenter d’avancer sur un sujet peu exploré sur la question urbaine. « Rêves, illusions et potentiels des intelligences artificielles », le sujet est posé par Ariella Masboungi (Architecte-Urbaniste, ancienne haute fonctionnaire chargée du Projet urbain au Ministère en charge de l’urbanisme) qui a animé le débat.
Si les IA facilitent le calcul et la génération d’éléments complexes, elles impliquent des besoins massifs pour exister, se structurer et fonctionner, au risque de déstabiliser les rapports sociaux et territoriaux. Elles sont surtout un enjeu de transformation des métiers et véhicule des choix civiques dont il faut être conscient alerte Etienne Riot.
Les IA, qui puisent leur origine au XIXe siècle, ouvrent autant de perspectives que d’interrogations conceptuelles, éthiques et pratiques, selon Antoine Picon. Subir les IA ou inventer leurs usages au service des enjeux socio-écolo-urbains, tel est le défi. Si nous ne nous en emparons pas, nous risquons d’en subir les conséquences. En effet les IA, dont les données font souvent l’objet de biais et d’erreurs, reproduisent aussi un passé à dépasser, ne sont pas une source de pas de côté si on ne sait les interroger à cet égard pour répondre aux défis du monde contemporain.
Ce sujet exploratoire est à saisir par les aménageurs affirme Florent de Sainte Fare Garnot, d’autant que « L’IA c’est un objet physique avant d’être de l’intelligence et des signes et tous les objets physiques se territorialisent. C’est donc d’abord un objet à intégrer dans le territoire et la ville ». Il ouvre une piste :
« Les IA pourraient nous servir à mener un travail morphologique sur des pans de ville que nous avons à construire, croisé avec la question du bilan économique selon des hypothèses programmatiques et morphologiques à faire varier, le tout croisé avec des enjeux d’empreinte de carbone et matière, peut-être même avec des enjeux de pollution et biodiversité »,
Florent de Sainte Fare Garnot (Directeur général de Lyon Part-Dieu, président du club ville aménagement)
Questionnements
- L’IA peut-elle inventer, faire des pas de côté, aider à mieux faire la ville ?
- Quels changements et évolutions de l’IA en ce qui concerne l’urbain ?
- Quelles fausses croyances et dangers ?
- Entre rêves et limites, comment se situer ?
- Quelles pistes pour s’en emparer à bon escient ?
- Les IA sont-elles les nouveaux habits d’une smart-city 2.0 ?
- Quels impacts les IA peuvent-elles avoir sur les aménageurs ? (auxquels on demande d’intégrer une multitude de sujets dans leurs projets- écologie, biodiversité, enjeux sociaux, et bien sûr nous l’espérons, les questions de genre) ?
- Quels effets cela produit-il sur les métiers de la ville ?
- Comment cela transforme notre manière de représenter et de penser la ville ?
- Au-delà des seules dimensions professionnelles, quels impacts ces technologies peuvent avoir sur les espaces urbains et l’aménagement des territoires, notamment à travers les transformations induites par une désintermédiation progressive de l’expertise ?
- Quelles stratégies adopter concernant la localisation des data centers et leur consommation énergétique comme leurs émissions de gaz à effet de serre ?
Intervenants
- Étienne RIOT est chercheur en urbanisme, associé au Laboratoire Ville mobilité, transport de l’école des Ponts. Il a travaillé sur les questions urbaines, notamment aux côtés de Jean-Marc Ayrault pour la Ville et la métropole de Nantes ainsi qu’à l’Assemblée nationale. Puis, après un passage chez AREP et PCA-Stream, il a cofondé Rock – Research Office for City Knowledge – qui est un bureau de conseil et de recherche en stratégie urbaine. Rock mobilise des expertises en mathématiques appliquées, sciences sociales et urbanisme opérationnel. Rock intervient dans les domaines de l’économie urbaine, du transport, d’aménagement, d’usages et de programmation.
- Antoine PICON est professeur émérite à l’École nationale des Ponts et Chaussées et professeur à la Graduate School of Design de l’Université Harvard. Membre de l’Académie des Technologies, il a publié articles et ouvrages sur l’histoire et l’actualité de l’architecture, des villes et des territoires, mettant l’accent sur les relations entre production de l’espace et développements scientifiques et techniques. Ces derniers livres sont centrés sur l’impact de la révolution numérique sur l’architecture et la ville ainsi que sur les interactions entre villes, nature et technologie : Smart cities : Théorie et critique d’un idéal auto-réalisateur (2013), Smart Cities : A Spatialised Intelligence (2015), La Matérialité de l’architecture (2018), Natures Urbaines: Une Histoire Technique et Sociale 1600-2030 (2024).
- Cécile DIGUET est urbaniste au studio Dégel. Elle a œuvré à l‘Institut d’aménagement et d’urbanisme (IAU) puis fondé Degel. Tête chercheuse, elle a développé un savoir encyclopédique sur les data centers.
Ressources
- L’interview croisée d’Antoine Picon et Etienne Riot (5 min) : https://www.youtube.com/watch?v=ozqLF7-YiQQ&t=37s
- Le replay complet de la conférence (2 h) : https://www.youtube.com/watch?v=vYhhG-_dpxw&t=61s
- Synthèse : https://club-ville-amenagement.org/wp-content/uploads/5A7_N%C2%B051-Synthese.pdf
- Compte-rendu intégral : https://club-ville-amenagement.org/wp-content/uploads/5A7_N%C2%B051-Compte-rendu.pdf
